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  • L’IA face au métier de correcteur : un outil, mais certainement pas une remplaçante

    Et si le métier de correcteur n’avait plus d’avenir ? C’est une question que l’on se pose, au même titre que les auteurs et tant d’autres professions.

    L’intelligence artificielle s’est invitée dans nos écrans et dans nos téléphones avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine : impressionnante, efficace, parfois bluffante… mais pas toujours subtile.

    Les professionnels plus largement lui confient des textes, des présentations, des analyses de documents. L’intelligence artificielle va renvoyer en quelques secondes des phrases propres, nettoyées, standardisées. Elle va appliquer des règles, cocher des cases, détecter des schémas.

    Pratique ? Oui. Suffisant ? Pas vraiment.

    En effet, corriger un texte, ce n’est pas seulement repérer une conjugaison récalcitrante ou un accord capricieux. C’est entendre la musicalité de la phrase, saisir la nuance, comprendre l’intention. C’est sentir qu’un mot sonne creux, que tel autre manque de précision, que la comparaison est inadéquate ou qu’il y a un manque de cohérence. Ce niveau-là n’appartient pas à l’automatisation : il relève de l’expérience, de la sensibilité, de l’histoire du lecteur humain qui analyse, ressent et interprète.

    L’IA se concentre sur la surface. Le correcteur, lui, plonge. Il repère la tournure boiteuse qui échappe à l’algorithme, la répétition gênante, la phrase trop sage ou trop lourde au contraire.


    Là où une IA corrige, un correcteur comprend.
    Là où une IA applique des règles, un correcteur questionne le sens.

    L’outil numérique peut assister, accélérer, automatiser certaines étapes. Je pense personnellement qu’au stade où l’on se trouve dans le développement de cette intelligence artificielle, nous devons apprendre à vivre avec plutôt que d’imaginer qu’un retour en arrière est possible.

    Je reste persuadée qu’elle ne remplacera pas la finesse, la culture, l’intuition linguistique, l’expérience ni la capacité à percevoir ce qui n’est pas écrit, mais ce qui est sous-entendu.

    Par ailleurs, son utilisation paraît simple. Mais encore faut-il la « nourrir correctement ». Donnez-lui un problème de maths brut : elle ira chercher la réponse la plus probable, la plus « commune », parfois la plus bancale. Demandez-lui, en revanche, de se glisser dans la peau d’un professeur de mathématiques : et soudain, la réponse devient plus juste, plus structurée, plus fiable.
    Le même principe s’applique en français.

    Une IA, laissée en roue libre, produit souvent une correction « standard », dénuée de contexte. Elle va choisir le mot le plus fréquent, la tournure la plus neutre mais pas la formulation pertinente. Et sans le bon prompt, elle peut même générer une réponse complètement hors sujet. Autrement dit : si l’on ne maîtrise pas l’art de cadrer l’outil, on récolte des réponses approximatives.

    Le correcteur, lui, n’a pas besoin qu’on lui explique le contexte : il le perçoit, il l’absorbe, il l’analyse. Il comprend que ce « mais » change toute la dynamique d’une phrase. Il voit pourquoi ce choix lexical ne fonctionne pas, pourquoi cette comparaison sonne faux, pourquoi cette virgule devrait disparaître pour déclencher telle ou telle émotion.

    En bref, un correcteur ne choisit pas le mot le plus fréquent : il choisit le mot juste, armé de son dictionnaire des synonymes.

    Vivre avec son temps, ce n’est pas toujours simple avec une route semée d’embûches. Alors au lieu d’aller à contre courant, j’ai fait le choix personnellement d’accepter que cet outil puisse être tentant pour mes clients.

    À toi qui lis cet article, utilises-tu l’IA dans ton contexte professionnel ? As-tu un avis différent sur le sujet ?